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Contexte de création 

 

Dans la seconde moitié du XXème siècle, le monde connait une crise économique qui déstabilise la société dans son ensemble. Le relâchement des mœurs s’installe, ainsi qu’une liberté nouvelle.

 Avec la déchristianisation, on croit de moins en moins à l’immortalité de l’âme, et c’est là que le vampire d’Anne Rice vient combler ce vide.

Elle a inventé, comme Stoker en son temps, une nouvelle manière de concevoir son personnage. Anne Rice a créé à son tour un archétype de vampire, plus proche de ses lecteurs que ne le fut Dracula.

 

Anne Rice

 

  Cet écrivain américain, née en 1941 d’une famille américano-irlandaise catholique, de son vrai nomanne rice1 Howard Allen O’Brien, est diplômée de l’université de San Francisco. Auteure de romans fantastiques, de nouvelles érotiques et de livres à thème religieux, elle est une des romancières les plus lues des temps modernes. Baignée, dans son enfance, dans la culture de la Nouvelle-Orléans faite de vaudou et de magie, elle s’inspire de son vécu dans ses ouvrages.

Elle perd sa fille de 6 ans en 1972 d’une leucémie. Alors profondément déprimée, elle écrit son premier succès  Entretien avec un vampire en 1976, où elle introduit le personnage de Claudia, enfant vampire du même âge.

Veuve depuis 2002, elle s’est installée dans le désert californien où elle vit encore à ce jour, avec une santé précaire, mais sans renoncer à écrire des livres.

 

Tournant d’une époque, tournant d’un mythe

 

Entretien avec un vampire  est le premier tome d’une série de 10, intitulée Les chroniques des vampires.

Anne Rice se démarque de Stoker, avec la création d’un nouveau vampire plus humain, qui prend la parole cette fois et auquel le lecteur peut s’identifier, se comparer.

 Elle prend ses distances par rapport au stéréotype Dracula, elle donne de la profondeur à ses personnages, les rend plus complexes, ils réfléchissent à ce qu’ils sont devenus, analysent leurs sentiments, se remettent en question, comme ses lecteurs en cette époque de crise où le livre parait.

Elle garde toutefois les éléments positifs du vampire de Stoker qui l’intéressent : l’immortalité, la force physique, la télépathie mais y rajoute une vraie beauté physique, en plus du côté plus « humain ».

Elle innove aussi en cette période de déchristianisation, en ôtant tout pouvoir aux objets religieux sur les vampires.

En matière de sexualité, profitant du changement opéré dans les mœurs depuis 1897, elle ose parler d’homosexualité dans son livre, c’est une grande nouveauté des années 1970.

Enfin, avec elle, le vampire apparait sous une apparence enfantine, il aura fallu attendre le XXème siècle, plus libéral, pour oser utiliser l’image d’un enfant qui n’apparaissait qu’en tant que « victime » au XIXème siècle. Auparavant, l’idéologie victorienne ne voyait en l’enfance que de l’innocence, alors qu’avec Anne Rice Claudia sera une « chère tête blonde » cruelle et meurtrière.

Dans Dracula, le vampire cherchait à découvrir le monde, à mieux connaître en personne l’Angleterre, dont il étudiait la langue dans son château transylvanien. Avec Anne Rice les vampires cherchent à rencontrer d’autres vampires, Louis et Claudia en font leur quête en quittant la Nouvelle-Orléans.

 

Anne Rice marque donc un véritable tournant dans l’évolution du vampire dans la littérature, elle a, elle aussi, réinventé le mythe du vampire, « piochant » dans le mythe original créé par Stoker et en y ajoutant sa touche de modernité.   

 

 

Résumé 

  

Entretien A la Nouvelle-Orléans, dans une chambre d’hôtel, un jeune journaliste recueille les confidences de Louis, qui lui décrit l’histoire de sa vie, depuis ses 22 ans en l’an 1791, où il est devenu vampire.

A la mort de son frère, dont il se sent responsable, Louis rencontre Lestat, un vampire qui le transforme en immortel et s’installe avec lui dans sa plantation. Refusant de tuer des humains, Louis se nourrit du sang de rats, mais Lestat décime les esclaves et découverts, ils fuient s’installer en ville à la Nouvelle-Orléans. Dépressif, Louis fait sa première victime, une enfant de 6 ans, Claudia, que Lestat transforme en vampire pour composer un semblant de famille. Très vite, les relations se dégradent et Claudia, aidée de Louis, pense avoir tué Lestat.

Louis et la fillette visitent alors l’Europe de  l’Est, à la recherche vaine d’autres vampires, avant de s’installer à Paris où ils font connaissance avec Armand et sa troupe d’acteurs vampires. Mais très vite, Claudia est tuée par eux pour la tentative de meurtre sur Lestat, qui est réapparu et Louis est emmuré vivant. Délivré par Armant, Louis revient tuer tous les vampires du théâtre. Ils partent ensuite tous deux explorer le monde, avant de se séparer et Louis revient à la Nouvelle-Orléans où il retrouve Lestat, affaibli et malade, mais l’abandonne.

A la fin de l’interview, le journaliste demande à Louis de faire de lui un vampire, ce qu’il refuse. Le jeune homme part alors à la recherche de Lestat.

 

Caractères du principal vampire d’Anne Rice dans ce livre : Louis, qui est aussi le narrateur 

 

Louis apparait en premier lieu comme une victime de Lestat « le vampire revient cette nuit-là. C’est qu’il voulait la Pointe du Lac, ma plantation » (début de partie 1) et un vampire sensible qui refuse tout d’abord de boire le sang des humains, afin de ne pas être un monstre « suis-je damné ? » (milieu partie 1).

Il est émotif « c’était une profonde tristesse que je ressentais », « son bonheur me rendit heureux en retour » (partie 1), « mon amour pour elle était immense » (milieu partie 1), inquiet aussi, ses confidences font naitre une sorte de sympathie chez le lecteur qui est tenté de le plaindre « je suis destiné à vivre jusqu’à la fin du monde, et je ne sais même pas qui je suis ! » (milieu partie 1), « j’étais plongé dans un état de détresses presque insupportable » (partie 1), « me donner l’immortalité sous cette apparence irrémédiable, sous cette forme impuissante(…) elle me faisait découvrir sa douleur, son indéniable souffrance. » (milieu p.3).

Louis est souvent en désaccord avec la cruauté de Lestat « je ne m’amuse jamais de la mort », il se rebelle contre lui car il a une morale « pendant des mois, je l’avais empêché de tuer le jeune homme » (début p.1) et ne l’aime pas « je le méprise encore », il le critique beaucoup et souvent « Lestat se conduisait comme un parfait imbécile ».

Physiquement, il est beau « fascinée par la beauté à l’état pur qu’il dégageait » (début p.1), « le rayonnement magnifique de ses yeux », « belle et silencieuse » (milieu p.1), « le parfait exemple (…) de la beauté enfantine, avec ses cils bouclés et ses splendides cheveux blonds ».

Son corps devient tiède « après avoir tué et bu ».

Il peut consommer du sang animal « de rats, de poulets, de bétail » (début p.1), même si le sang humain est meilleur à son gout.

Il ne peut boire du sang d’un mort « votre victime vous aspirera dans la mort avec elle » (début p.1).

Le vampire d’Anne Rice n’a pas de dons de transformation « des…conneries ».

Mais il est télépathe et se déplace très vite « je me suis approché d’un mouvement si rapide que vous ne l’avez pas vu », il a une grande force et des sens acérés.

Les symboles religieux n’ont pas de pouvoir sur lui « les croix étaient sans effet sur moi », l’ail non plus « une pure idiotie » et il se reflète dans une glace « je pouvais me voir dans les miroirs ».

Pour le détruire, les pieux en bois sont sans effet, seul les rayons du soleil et le feu le réduisent en cendres « vous mourriez » explique Lestat à Louis.

Il doit dormir dans un cercueil, à l’abri de la lumière du jour, mais n’a pas besoin de terre consacrée.

Il veut connaitre l’origine des vampires (début p.2) en retrouvant d’autres vampires pour les interroger et Claudia lit des livres faisant référence aux récits de vampires en Europe de l’Est. Enfin, il est un roturier, qui vit partout dans le monde.

 

Le personnage vampirique d'Anne Rice souffre avant de faire souffrir, il s'interroge sur le sens de sa vie, n'aime ni la mort ni le crime, il présente un côté enfantin, adolescent révolté, sans rapport avec les personnages effrayants du siècle précédent.

S'il a conservé sa force et sa rapidité, héritées de Dracula, il exprime maintenant son point de vue, ses craintes, se rebiffe contre ce qu'il n'accepte pas, comme le veut l'époque de sa création littéraire, comme le ferait le "lecteur mortel" qui le lit.

Ce personnage, enrobé de séduction, presque victime de son sort, semble attaché à une morale, n'en est-il pas plus ambigu et dangereux ?

 

Le vampire littéraire a continué son évolution avec Anne Rice, qui aura marqué avec lui le XXème siècle, comme Bram Stoker l'aura fait avec le sien au XIXème siècle.

 

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